Niépce correspondance et papiers

N IEPCE 411 té où une fausse modestie ne doit pas nous retenir plus longtems 1 . Ceque tu nous dis des moyens pécuniaires de ce monsieur, est bien satisfaisant et surtout fort engageant : c’est là en effet le nerf de toutes les entreprises de quelque nature qu’elles soient ; et de ce côté il faut en convenir, nous sommes assez mal pourvus 2 ; mais aussi nous avançons cequ’il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir offrir. Les fonds qu’on tire de sa tête valent mieux que ceux qu’on trouve dans la poche de ses voisins. Nous te félicitons de bien bon cœur, mon cher ami, de la connaissance que tu as faite de M r . de La Chabaussiere. L’opinion avantageuse que tu nous donnes de lui nous inspire un vif regrèt de ne pas être à portée de partager la double satisfaction que nous trouverions à être auprès de toi ; et nous sentons combien il est agréable dans ta position, de rencontrer quelqu’un qui sous tous les rapports mérite autant d’être connu. .Dimanche soir. .Nous venons de recevoir, mon cher ami, ta lettre du 12 3 qui en dissipant nos inquié- tudes sur la réponse de M r de Jouffroi, nous a comblés de joie. Enfin nous voila donc à flot, Dieu merci ; il ne s’agit plus que de bien conduire la barque, et elle ne peut être en de meilleures mains. La régularité, l’uniformité des effets que grace à tes soins, tu es parvenu à obtenir, n’a pu qu’ajouter beaucoup à l’intéret que notre machine est faite pour inspirer. Il parait d’après ceque tu nous mandes à ce sujet, qu’elle a produit une vive impression sur l’esprit de M r de Jouffroi ; puisque indépendament des choses flatteuses qu’il t’a dites, il a manifesté le desir de partager les avantages attachés à notre procédé, et de nous associer à son entreprise 4 . Cette visite a dû te faire, mon cher ami, le plus grand plaisir. Tu en auras sans doute eprouvé beaucoup aussi à visiter les atteliers et les chantiers de construction de ces Messieurs. J’ai vu làdessus, dans le journal de M r Charvin 5 , des détails fort intéressans et très conformes à ceux que tu as la bonté de nous donner ; mais je ne sais pas si le méca- nisme de ces nouveaux bateaux à vapeur est différent de celui employé par Fulton : il faut bien que ça soit ou qu’ils puissent prouver la priorité. Cependant à l’époque où M.M. de Jouffroi s’occupaient de cette découverte, c’est à dire il y a environ 20 ans 6 , ils ne parais- saient pas avoir obtenu aucun succès. quoiqu’il en soit, // ils ont un brevet du Roi, et je ne sais trop comment M r Andriel 7 et compagnie pourront se tirer d’affaire avec leur pauvre Elise 8 . Je crois que les différends sérieux qui ne manqueront pas de s’élever à ce sujet, entre les deux sociétés rivales, tourneront de toute maniere à notre avantage. M.M. de Jouffroi de leur côté, en adoptant notre principe moteur, exploiteront une mine plus riche et évi- 1. C’est la preuve que, tout modeste qu’il était, Nicéphore n’en avait pas moins, comme Claude, une haute idée de ses travaux, parfaitement conscient de « faire époque dans les sciences mécaniques » avec le pyréolo- phore (v. 314). 2. Nous avons évoqué cette apparente contradiction. Considérés comme « riches » (A.M.C. 3H1/2), d’ailleurs à juste titre (v. 209n), les Niépce se trouvaient « dans une gêne qui n’était pour eux qu’une habitude de toute leur vie » (v. 529). 3. Document inconnu. 4. Contrairement aux apparences, on ne peut affirmer que Jouffroy ait été aussi catégorique. La correspon- dance échangée entre les deux frères est régulièrement empreinte de cette ambiguïté. 5. Le Journal des Débats. 6. Référence aux premiers essais du marquis ? Ceux-ci étaient déjà vieux de trente ans (v. 253n). De plus, Jouffroy n’était alors pas secondé par son fils Achille, comme Nicéphore le laisse entendre. 7. Pierre Andriel. Son associé Pajol et lui se présentaient comme « inventeurs des procédés de construction de bâtimens de navigation combinés avec des machines à vapeur » (ALM.ADR. 1818). 8. V. 243n. 254 1815 1824 1 8

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